Comment coordonner la chasse et l’agriculture pour maintenir l’équilibre.
Le chevreuil (Capreolus capreolus) est aujourd’hui l’une des espèces les plus emblématiques et, simultanément, les plus difficiles à gérer en Espagne. Son expansion ces dernières décennies, favorisée par la régénération forestière, la création d’écotones et l’absence de grands prédateurs, l’a conduit à occuper des surfaces agricoles de plus en plus vastes.
Dans ce contexte, la gestion du chevreuil ne se limite plus à la chasse ; elle consiste désormais à concilier conservation, production agricole et aménagement du territoire.
Cet article explique, de manière technique et précise, comment cette espèce est gérée en milieu agricole, quels dégâts elle cause et quelles mesures préventives sont mises en œuvre. L’ensemble de ces informations est présenté dans une perspective de chasse durable et responsable.
Le chevreuil et sa relation avec l’environnement agricole
Le chevreuil est une espèce étroitement liée à :
- écotones (transitions entre forêt et culture),
- mosaïques agroforestières,
- espaces ouverts avec abri à proximité,
- cultures à jeunes pousses.
Leur présence dans les zones agricoles n’est pas accidentelle : elle est due à leur biologie.
Comportement et territoires
- Les mâles sont territoriaux pendant la saison des amours et au printemps-été.
- Les femelles occupent des territoires plus vastes et peuvent pénétrer dans les cultures pour s’y nourrir pendant la gestation et la lactation.
- Ce sont les jeunes en dispersion qui s’approchent le plus souvent des zones agricoles.
Que recherchent-ils dans les récoltes ?
Surtout:
- jeunes pousses,
- légumineuses,
- arbres fruitiers en croissance,
- céréales à leurs premiers stades de développement,
- vignes en bourgeonnement,
- potagers ou jeunes pousses d’arbres à feuilles caduques.
Le problème n’est pas la consommation, mais la fragilité des jeunes pousses : tout dommage causé aux jeunes bourgeons compromet la saison entière.
Dommages causés par les chevreuils à l’agriculture
Les dégâts sont bien documentés et touchent principalement :
Vignoble
- Broutement des jeunes pousses au printemps.
- Grattage des poteaux ou des cannes avec les bois lors de la taille.
- Dégâts localisés mais importants.
Arbres fruitiers (pommier, cerisier, poirier…)
- Morsure des bourgeons et des pousses.
- Dégâts dans les jeunes plantations particulièrement sensibles.
Céréales (blé, orge)
- La consommation des premières feuilles affecte le début de la croissance.
Pousses d’arbres à feuilles larges
Cela affecte :
- jeunes chênes,
- châtaigniers,
- hêtres en régénération.
Jardins et cultures périurbains
Dans certains endroits, la présence de chevreuils en périphérie des zones agricoles est devenue monnaie courante.
Gestion durable du chevreuil dans les zones agricoles
La gestion du chevreuil repose sur trois piliers fondamentaux :
Quotas adaptés à la réalité du territoire de chasse
L’essentiel n’est pas de chasser « plus » ou « moins », mais de :
- évaluer les densités,
- analyser les dommages réels,
- équilibrer les âges et les sexes,
- ajuster les quotas dans le cadre du plan de chasse de la réserve (toujours approuvé par l’administration).
Extraction sélective
Extraction sélective
- Éliminer les animaux malades ou affaiblis,
- contrôler les mâles présentant une conformation déficiente,
- équilibrer les populations lorsque le nombre de femelles est excessif (en fonction de la zone de chasse),
- éviter les densités artificiellement élevées.
L’objectif : des populations saines en équilibre avec l’environnement agricole.
Coordination entre chasseurs et agriculteurs
Voici le point le plus crucial :
- Signalement des dommages,
- identification des zones sensibles à des moments précis,
- examen conjoint des points d’entrée habituels des chevreuils,
- décisions de gestion adaptées au terrain.
Chasseurs et agriculteurs collaborent pour s’assurer que l’extraction soit écologiquement et agronomiquement judicieuse.
Actions préventives (non létales) visant à réduire les dommages
Toutes ces mesures sont largement documentées et mises en œuvre avec succès en Europe.
clôtures et filets temporaires
En particulier:
- dans les jeunes vignes,
- les arbres fruitiers nouvellement plantés,
- des cultures très fragiles.
Elles ne doivent pas être permanentes si elles affectent le passage de la faune en général, mais elles peuvent être utilisées lors de phases critiques.
protecteurs individuels
Supports ou protections rigides en :
- Jeune plant d’arbre fruitier,
- vigne de première année.
Ils sont efficaces, économiques et faciles d’entretien.
Répulsifs autorisés
Répulsifs odorants ou gustatifs, appliqués durant les phases sensibles du débourrement.
Ils doivent être homologués et conformes aux normes de sécurité alimentaire.
Augmenter la visibilité et le trafic
Le simple passage de personnes ou de véhicules agricoles à des moments clés dissuade les animaux, notamment lors de la dispersion des jeunes.
Gestion des habitats et des écotones
Des actions telles que :
- Éliminer les broussailles en bordure de culture,
- définir les lisières les moins esthétiques,
- supprimer les voies d’accès,
- maintenir des pâturages alternatifs dans des zones sûres.
Stations d’alimentation dissuasives (uniquement là où la réglementation le permet)
Dans certaines zones de chasse, la création de zones d’alimentation éloignées des cultures permet de réduire la pression, toujours sous surveillance et avec les permis nécessaires.
L’importance de l’observation et de la surveillance
La gestion des populations de chevreuils nécessite des données concrètes, telles que :
- Recensements de printemps et d’été,
- observations aux points de contrôle,
- analyse des dommages répétés,
- enquêtes menées par les agriculteurs et les gardes-chasse,
- enregistrement des mouvements dans les écotones.
Sans ces données, toute mesure est incomplète.
Le chevreuil fait partie intégrante du paysage espagnol et constitue une ressource gibier précieuse.
L’agriculture, quant à elle, est essentielle à la vie rurale. Gérer ces deux éléments conjointement est une question d’équilibre.
- Populations saines,
- dommages contrôlés,
- planification technique,
- collaboration entre les parties prenantes,
- chasse durable et bien gérée.
L’essentiel n’est pas d’éliminer le chevreuil, mais de maintenir sa densité à un niveau compatible avec un écosystème agricole vivant, productif et sain.